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    Iran 2010 : entre guerre mondiale et guerre civile.


    "We thank God that our enemies are idiots."
    Mahmoud Ahmadinejad

     

     

    En Décembre 2008, j’écrivais l’uchronie "une 3ème guerre mondiale ?" que je situais pour 2009.

    Aujourd’hui force est de constater que la situation n’a pas dégénéré au point de provoquer un conflit armé et généralisé. Cependant, le mécanisme décrit dans mon précédent article reste valable, ce qui sera le cas tant que les propos belliqueux en Iran comme en Israël trouveront une oreille complaisante auprès de "l’homme de la rue" de leur pays.

    Les déclarations jusqu’au-boutistes savamment distillée par Ahmadinejad, sont le fruit d’une stratégie qui donne de trop bons résultats sur le plan international pour que nous ayons des chances d’assister à de quelconques changements lors de l’année 2010. Pour rappel, en procédant ainsi il s’assure une opposition de principe des occidentaux sur un programme nucléaire iranien indépendant (ce qui lui permet de fédérer les sentiments patriotiques des Iraniens, en faveur de ce programme quelques soient leurs partis), tout en jouant les champions de la cause arabe face "aux croisés", Israël en tête.

    Alors une guerre mondiale pour 2010 ? Peu probable qu’il y ait une évolution à ce niveau par rapport à 2009, les chances d’une crise ne sont ni plus faibles, ni plus fortes.

    Par contre, sur le plan intérieur, il est bien possible que l’année 2010 nous réserve quelques surprises... car c’est aujourd’hui les prémisses d’une guerre civile qui se dessinent en Iran.

     

     

     

     

    Les Etats Unis.

    Souvenez-vous de la "Révolution Orange" de 2004 en Ukraine. Les manifestations menées alors par le perdant aux élections Iouchtchenko provoquèrent 15 jours plus tard l’annulation du scrutin et de nouvelles élections présidentielles. Dans un 1er temps, les parallèles entre la révolution orange et les manifestations de 2009 en Iran, suite à l’éviction du candidat de l’opposition Moussavi face au président sortant Ahmadinejad, sont flagrants : preuves sérieuses de fraude électoral, popularité du président sortant en berne, manifestations monstres de soutien à l’opposition, remise en cause par le peuple du régime en place...
    Cependant le parallèle s’arrête là, car il manque un composant, et de taille : on estime à 65 millions de dollars l’argent versé alors par l’administration Bush à Iouchtchenko pour financer, organiser et apporter un soutien logistique aux mouvements de protestations (argent versé indirectement via des organisations "indépendantes"). Hors rien de tel n’arrive suite aux élections iraniennes, aucuns moyens financiers ou logistiques ne sont mis en place pour aider des opposants pourtant nombreux et motivés, pourquoi ?

    - Une structure moins perméable.
    A la différence de l’Ukraine, de nombreux opposants iraniens vivent en exil et non plus sur le sol de leur pays. En effet, suite à la suppression ou à l’interdiction officielle de leurs mouvements, ils n’ont pas eu d’autres choix que de s’organiser à l’étranger. D’ailleurs un Parlement en exil existe réunissant les principales tendances d’une opposition certes libre de ses dires, mais de fait exclue de la politique intérieure de son pays. L’exil est à ce titre une arme politique redoutable, non pas qu’elle affaiblisse la détermination des exilés, mais elle leur impose une distance qui ne peut que jouer en leur défaveur :
    * intervention dans le quotidien de leurs concitoyens quasi nulle,
    * dépendance directe aux sources d’informations restées dans le pays et donc risque d’avoir une vision faussée de sa situation réelle,
    * impossibilité d’une contre propagande efficace face aux accusations proférées à leur encontre à l’intérieur même du pays...
    Même si les Etats Unis avaient voulu rééditer une "révolution orange" en Iran, le manque d’interlocuteurs sur place réellement organisés leur auraient rendu la tâche extrêmement difficile.

    Encore aurait-il fallu que cette volonté existe !

    - Ménager les Mollahs
    Afin de garantir leurs acquis au sein du pouvoir de toutes agressions américaines trop directes, les Mollahs disposent aujourd’hui d’une ramification de groupuscules pouvant provoquer de nombreuses tensions au Proche Orient. On pense au Hezbollah bien sûr, mais on peut au moins ajouter un soutien logistique et humain à des groupes militants anti-américains (qu’ils soient sunnites ou chiites importe peu) en Irak et en Afghanistan.
    Ce pouvoir de nuisance les préservant de tentatives américaines trop directes, c’est une danse à 2 pas qui se joue alors entre les Mollah et les US :

    Du coté des Mollah, le but est de rester des interlocuteurs incontournables, de continuer à développer leur influence dans le Moyen Orient, et de prendre la tête à terme du "monde arabe" face à "l’occident" (au détriment des pétromonarchies sunnites).
    Cependant les sanctions économiques pèsent lourd sur le pays, et toute amélioration en ce sens ne peut que consolider le régime en place.

    Du coté US, on peut discerner au moins 2 objectifs :
    * L’Iran dispose de réserves pétrolières et gazières importantes, mais qui sont surtout destinées à la Chine et à la Russie. Détourner ces sources d’énergie serait un moyen redoutable d’affaiblir deux puissances mondiales concurrentes des US.
    * Un Iran qui exporterait son pétrole et son gaz en Occident ouvrirait l’opportunité aux pays d’Asie Centrale (Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan ...) jusqu’ici bloqués à l’intérieur du continent, d’avoir des débouchées autres que... la Chine et la Russie.
    Pour y parvenir, les Etats Unis disposent de deux leviers : en jouant sur l’éventuel relâchement des sanctions économiques, et en laissant de fait l’Iran aboutir son programme nucléaire (ce qui consiste principalement à empêcher Israël d’intervenir militairement).

    Le jeu est équilibré donc, suffisamment en tout cas pour que les US n’aient aucune raison de prendre le risque d’un Iran incontrôlable car incontrôlé, ce qui se produirait à coup sûr si jamais le régime des Mollahs devait sérieusement être mis en péril de l’intérieur.

    Ce qui a de grandes chances d’arriver en 2010, que l'Amérique le veuille ou non.

     

    Iran en 2010, hypothèse d’une guerre civile.



    Les Bassidj

    Comme dans tout régime totalitaire, les jeunes sont une population à cibler prioritairement pour assoir le pouvoir du régime. Les Bassidj en sont l’exemple typique.
    Jeunes généralement issus des couches défavorisées de la population (et du fait de la structure du régime comme des sanctions économiques, cette population est conséquente), ils sont chargés de la sécurité intérieure. Les Bassidj n’ont pas d’uniformes militaires et circulent en civil, ce qui ne les empêche pas d’être armés (ou plutôt, "empêchait", cf plus bas). Leurs missions au quotidien, en tant que "force d’intervention populaire", est d’être présents dans la rue afin de faire respecter la "morale islamique", de circonvenir tout comportement "anti-théocratique" et de participer à des tâches d’utilités publiques. Composés de plusieurs millions (le chiffre exact varie selon les sources), ils font partis des trois piliers de la sécurité intérieure iranienne (les 2 autres étant les Pasdaran et les Forces de l’ordre de la République Islamique).

    Lors des manifestations postélectorales de 2009, les Bassidj se sont retrouvés en première ligne contre les manifestants, et même s’ils sont certainement à l’origine des premiers coups de feu tirés sur la foule à cette occasion, ces événements ont créé une rupture sans précédent entre les jeunes miliciens et le pouvoir des Mollah.
    En effet, loin d’être un simple mouvement "anti-théocratique" étudiant, les manifestations de Juin 2009 ont rassemblé les iraniens de tous âges et de toutes professions. La raison en est simple : plus qu’une simple remise en cause du pouvoir en place, c’est toutes les inégalités actuelles de la société iranienne qui étaient dénoncées.
    Hors les Bassidj disposent d’un poste d’observation privilégié pour constater ces inégalités, étant en contact d’un coté avec les Mollah et les classes dominantes et de l’autre avec les milieux modestes de leurs origines.
    De fait, les arrestations et répressions musclées qu’on eu à subir les manifestants ne viennent pas des Bassidj mais bien de la police urbaine et des services secrets. Cette hypothèse est corroborée par le récent désarmement (Nov09) que les Bassidj viennent de subir. Ce désarmement signifie en effet qu’à la lumière des manifestations de l’été 2009, les Mollahs se méfient dorénavant des Bassidj en cas de crise majeure.

    En procédant ainsi, les Mollah n’ont fait qu’accentuer la tentation d’un rapprochement entre une organisation de plusieurs millions de jeunes extrêmement bien structurée et l’homme de la rue, si de nouvelles contestations du pouvoir devaient avoir lieu.

     

    Les manifestations de Juin 2009 : l’émergence d’un malaise profond.

    Pour Ahmadinejad, la cause des manifestations est entendue : elle a été organisée par des "forces extérieures". Si cet argument peut permettre de justifier une intervention militaire musclée contre les manifestants, elle ne dupe personne. Comme la révolution française, la lame de fond de protestations qui a soulevé le pays n’a d’autres origines qu’une population qui voit un peu plus chaque jour baisser son niveau de vie.

    - Les sanctions extérieures.

    Pour le détail complet des sanctions, consultez ce PDF (en anglais) : www.treas.gov/offices/enforcement/ofac/programs/iran/iran.pdf

    Toutes les activités commerciales, transactions financières et investissements avec l’Iran de la part d’entreprise américaines, mais aussi de la part d’entreprises possédant des succursales aux US, sont restreintes depuis 1995.
    Ces sanctions ont ensuite été durcies en 96 avec "l’Iran Libya Sanction Act" (ILSA) qui prévoient que le président américain puisse condamner par simple décision à de lourdes amendes et/ou à l’exclusion des marchés publics américains toutes compagnies (donc non US comprises) qui investiraient plus de 20 millions de dollars dans le secteur de l’énergie iranien. Toute société pétrolière étrangère à l’Iran est ainsi exclue de fait du pays.

    Les résolutions de l’ONU qui se succèdent ensuite vont concerner de nombreux secteurs : embargo sur les armes, consignes auprès des institutions financières afin de limiter les crédits et investissements dans le pays, déplacement de personnalités parmi les Gardiens de la Révolution restreintes hors frontières...

    A l’heure où j’écris ses lignes, il est question (notamment par la France) d’envisager de nouvelles "restrictions des flux financiers" et "interdictions des exportations de produits sensibles".

    Le jeu des sanctions, même s’il est d’une remarquable inefficacité en termes de résultats politiques, pèse bien sûr lourdement sur la population iranienne, et non son élite.

     

    La manne du pétrole : un leurre.

    Selon les sources, entre 14% et 25% de la population est au chômage. Rien d’étonnant, imaginez l’état de la France si celle-ci ne pouvait plus vivre à crédit...
    Certes, l’Iran est le 4ème exportateur mondial de pétrole, une manne financière conséquente. Cependant même ce flot de pétrodollars à ses limites.

    Une illustration parfaite peut se trouver 2 ans après la 1ère élection d’Ahmadinejad (2005), où le Parlement lui même va obliger le gouvernement à réduire les dépenses de l’état et imposer un plan de rationnement de l’essence à l’aide de quotas qui vont toucher de plein fouet la classe moyenne.
    Il est vrai qu’alors le taux d’inflation atteint quasiment les 20%, doublant le prix d’aliments de base en quelques mois. Les "subventions" distribuées avec prodigalité aux plus défavorisés peu après l’arrivée d’Ahmadinejad au pouvoir, plombent un peu plus les caisses de l’état et ne créent aucunes richesses. Les "actions d’entreprises d’Etat" distribuées aux plus pauvres, voire proposées comme paiement des retraites ou des salaires de fonctionnaires, ne sont qu’un jeu de dupe. Ces entreprises sont dans leur grande majorité déficitaires ou trop mal gérées pour être rentables.

    Bref, Ahmadinejad a échoué à tenir sa promesse de mettre son pays au même niveau de richesse que ses voisins pétroliers. Mais si le pétrodollar a fait la fortune de ses voisins et non celle de l’Iran, il ne faut pas condamner trop vite les talents de gestionnaire (certes médiocres) du gouvernement en place : les voisins en question ont pu réinjecter le flux de devises en provenance du pétrole au niveau mondial, leur permettant d’investir et de se diversifier. Ce n’est pas le cas de l’Iran.

     

    La situation intérieure.

    Economie en berne, gaspillage des devises provenant des exportations du pétrole (ou en tout cas réinvestissement de celles-ci en placements non productifs), chômage endémique, cout de l’essence et des aliments de base élevés, exécutions capitales ou châtiments publics disproportionnés par rapport à la faute...
    Et ce dans une société composée d’une population dont au moins la moitié à moins de 30ans. Une population où les rangs de 16 millions d’étudiants "traditionnellement" contestataires ont de fortes chances de se voir renforcés par d’anciens Bassidj définitivement déçus du régime !

    Une société où la différence de train de vie entre les classes dirigeantes et le "bas peuple" est certainement l’une des plus élevée au monde.

    Les manifestations de 2009 ont permis au peuple de retrouver la solidarité de la rue, et ont incité le régime à durcir sa position envers toutes personnes soupçonnées de ne pas sympathiser avec le régime des Mollah.

    De plus ce régime, aux fondements théocratiques, domine un peuple qui n’a pas la fibre particulièrement religieuse, et la vie sociale et le quotidien en Iran ne sont pas ponctuées par l’appel du Muézin. En effet à la différence des monarchies sunnites, il y a en Iran un véritable décalage entre la pratique de la foi musulmane publique et privée. En Iran peut être plus qu’ailleurs, la pratique de la religion d’Etat montre son vrai visage : un moyen de pratiquer un pouvoir brutal et intolérant au service d’un conservatisme qui n’a que pour fonction de garder les puissants au sommet, quelques soient l’évolution des mentalités de ses habitants ou les conditions économiques du pays.

    Ce décalage flagrant a été plus ou moins occulté par la politique extérieure d’Ahmadinejad, et c’est cet angle qui est principalement traité par nos médias. Mais si l’on met cette "histoire sans fin" de coté, on discerne un régime qui a peur au point de ne plus faire confiance aux différents pilliers du pouvoir même. Certes l’ayatollah Ali Khamenei est encore aujourd’hui le chef suprême du pays, mais de fait il polarise aujourd’hui encore plus qu’hier l’image d’un oppresseur qui n’a de cesse de faire taire son peuple plutôt que de l’écouter.

    Dans ces conditions, est-il possible que le régime actuel ait à craindre un soulèvement populaire - qui commencerait certainement par une grève générale dans tout le pays - au cours de cette année 2010 ?

    A mon sens, cela dépendra plus des interlocuteurs internationaux de l’Iran que de ses dirigeants eux même : si la pression internationale se relâche un peu et si Israël calme ses déclarations belliscistes, ce sont les principales armes de propagandes d’Ahmadinejad qui s’effritent.
    Cela implique d’ailleurs que ce dernier a tout intérêt à envenimer la situation, en ce sens des mesures drastiques de sanctions économiques - ou pire encore une intervention militaire même très localisée - seraient pour lui une grande victoire.

     

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